Le Repaire des Sciences
Sciences Physiques et Chimiques

 

 

 

 

     La métaphysique

 

 

 

 

Définition

Les différentes formes de métaphysiques
        Le monisme
                Définition
                Différents types de monisme
                Le monisme de l'Être
                Le monisme de la Nature-Dieu ou le panthéisme naturaliste
                Le monisme de l'Esprit
                A retenir

        Le dualisme
                Définition
                Différents types de dualismes
                Le dualisme du monde sensible et du monde intelligible
                Le dualisme chrétien
                Le dualisme cartésien de l'étendue et de la pensée
                Le dualisme vitaliste
                A retenir
        Le pluralisme
                Définition
                Diverses formes de pluralismes
                Le pluralisme matérialiste
                Le pluralisme monadique
                Le pluralisme synthétique
                A retenir

 

Définition

La métaphysique est la science et la théorie de ce qui est au-delà des choses physiques, des objets empiriques, de la Nature. En grec " Meta ta phusica " signifie ce qui est au-delà où au-dessus des éléments de la nature.

On distingue généralement deux grandes parties dans la métaphysique :

A - La métaphysique générale qui a pour objet le discours sur l'Etre c'est-à-dire sur l'ensemble des choses dont on peut dire quelles sont. Ce type de métaphysique coincide avec ce que l'on nomme l'ontologie (du grec ontos qui signifie " l'étant qui est " et logos qui signifie le discours). Les philosophes grecs Parménide, Héraclite, Platon et Aristote ont accordé une part non négligeable de leur réflexion à ce domaine de pensée. Au XXème siècle, Heidegger mais aussi Sartre l'ont considérablement renouvelé.

B - La métaphysique spéciale dont le sujet porte essentiellement sur les trois thèmes suivants : Dieu, l'Ame et le Monde. Cette partie de la métaphysique s'interroge sur les preuves qu'il est possible de donner de l'existence de Dieu, sur la question de savoir si l'âme est immortelle ainsi que sur la structure du monde (est-il fini ou infini ?)

 

Les différentes formes de métaphysique

Trois différents types de métaphysique sont à distinguer tant du point de vue de la logique qui les sous tend que du point de vue de ce qu' elles affirment et de ce qu'elles entraînent comme conception du monde (aussi bien sur le plan théorique que sur le plan pratique) :

 

Le monisme

Définition

Le monisme est une conception métaphysique qui tend à affirmer et à justifier sur le plan rationnel, l'idée selon laquelle le monde n'est composé que d'une seule substance, que cette substance se trouve en toutes choses et même est toutes choses. Quelle que soit donc la nature de cette substance qu'elle soit matérielle (concrète) ou spirituelle (abstraite), le philosophe moniste suppose donc qu'il n'y a rien d'autre dans le monde qu'elle et que toute pensée de quelque chose qui serait extérieure à elle est à exclure.

Différents types de monismes

Tous les monismes n'ont pas le même contenu même s'ils identifient le tout de la réalité à une substance unique : il est intéressant de ce point de vue de constater l'évolution des différentes formes de monismes de l'antiquité au dix-neuvième siècle.

Le monisme de l'Être

Le philosophe grec Parménide, maître de Zénon d'Elée et inspirateur de la philosophie de Socrate (on dit de Parménide en ce sens qu'il est un pré-socratique) a élaboré sans doute ce qui est l'un des premiers essais de philosophie moniste. En ce sens on peut dire de Parménide qu'il est le père du monisme. Il postule en effet que dans le monde il n'y a rien d'autre que l'être et que le non-être n'existe pas. En effet le non-être ne peut pas être puisque par définition il n'est pas. De même il ne peut rien y avoir rien d'autre que l'être car sinon l'être serait autre que lui-même ce qui est contradictoire. Par conséquent il faut reconnaître qu'il n'est qu'une seule substance et cette substance est l'être.

Le monisme de la nature-Dieu ou le panthéisme naturaliste

Mais le monisme ne s'incarne pas nécessairement dans une pensée de l'être ou une ontologie générale comme c'est le cas chez Parménide. Il peut également se manifester dans une pensée de la Nature et du monde compris comme univers infini en tant qu'ils sont identifiés à Dieu. C'est précisément ce qui se passe dans la philosophie de Spinoza. Philosophe du XVII eme siècle, disciple dissident de la philosophie de Descartes, Spinoza postule qu' il n'y a qu'une seule substance dans le monde et que cette substance est Dieu ou la Nature ("deus sive natura"). La Nature comprise comme substance productrice et cause unique de soi, univers infini et éternel n'a pu être créée par rien d'autre qu'elle même puisque rien d'autre qu'elle n'existe. Elle est l'ensemble de toutes les choses qui sont aussi bien les objets empiriques : les fleurs, les tabourets et les chaises (que Spinoza nomme les " modes ") que les éléments qui constituent l'essence de la substance "l'étendue géométrique" et "la pensée" (que Spinoza nomme les " attributs " de l'essence).

Le monisme de l'Esprit

Enfin on trouve chez Hegel, philosophe allemand du dix-neuvième siècle, les éléments d'une pensée moniste d'un genre qui diffère de celui des deux auteurs précédemment cités :le Monisme spirituel ou monisme de l'Esprit. Dans la perspective hégelienne, en effet, Tout est Esprit. L'Esprit se retrouve en toute chose et plus profondément dans tous les processus historiques : il est en devenir au milieu de tout ce qui est. Ainsi l'histoire n'est rien d'autre que la matérialisation de l'Esprit qui se cherche à travers le monde et tente de mieux se comprendre lui-même. Les hommes jetés au milieu du processus historique agissent en poursuivant leurs intérêts, en fonction de leurs passions mais il travaillent en fait pour la raison universelle et la réalisation de sa fin ultime : la liberté. Si l'histoire des hommes est fonction du développement de l'Esprit ou de la Raison universelle dans le monde, alors toute l'histoire de l'humanité peut être interprétée dans le sens d'un progrès : celui de l'idée de liberté à travers les âges. C'est pourquoi Hegel, parti d'une représentation moniste de l'Esprit en vient à élaborer une théorie de la fin de l'histoire où le tout de l'Esprit se réalise : L'humanité après avoir subi un type de régime où un seul homme est libre (l'empereur dans les cités antiques) puis où quelques hommes seulement sont libres (les cités grecques dans l'antiquité et la république romaine) finit par accéder au règne de la liberté(c'est le moment de la naissance de l'Etat nation au début du XIX ème siècle).

A retenir sur le monisme

L'idée de monisme qui identifie le tout de la réalité à une substance unique (en grec le terme " monos " signifie unique) n'est donc pas enfermée dans une compréhension close de son propre concept et il est intéressant de constater qu'à l'intérieur d'une même champ de pensée philosophique diverses formes théoriques peuvent se déployer.

 

Le dualisme

Définition

Le dualisme est en matière métaphysique la théorie selon laquelle le monde se compose non pas d'une mais de deux substances. Cette hypothèse dont le caractère est à la fois cosmologique(elle s'applique au monde) et psychologique (elle s'applique à l'homme dans le cadre de la conception des rapports de l'âme et du corps) est née elle aussi dans l'antiquité et a nourri le développement de la pensée chrétienne. Il ne faut cependant pas oublier que le dualisme s'il peut s'apparenter à une conception religieuse du monde n'en est pas nécessairement le complément : de nombreux philosophes sont en ce sens dualistes sans pour autant être des hommes de religion ou même sans être croyants.

Différents types de dualismes

Le dualisme est une théorie métaphysique très riche dont nous allons voir qu'elle s'applique à de nombreux domaines et qu'elle ne se laisse pas plus enfermer que le monisme dans des conceptions rigides et monolithiques. Le dualisme suppose lui aussi une grande diversité de points de vues.

Le dualisme du monde sensible et du monde intelligible

Platon est sans aucun doute le plus grand représentant du dualisme dans l'antiquité. Dans le cadre de sa conception duelle du monde il sépare distinctement le monde des idées intelligibles où se trouvent les Idées de Vrai de Bien et de Beau et le monde des choses sensibles qui sont les copies des idées-modèles qui siègent dans le lieu intelligible (le " noétos topos "). Scindé en deux, le monde se trouve donc séparé en un univers supérieur (celui des Idées) où séjournent des entités " pures " et dont le caractère est " éthéré " et un univers inférieur où les entités ont un caractère dégradé ( c'est celui des choses sensibles dans lequel nous vivons, univers d'ombres où nous ne percevons que l'apparence des choses). Dualiste du point de vue cosmologique (en grec le " cosmos " désigne l'univers), Platon est également dualiste du point de vue psychologique (il sépare la conception de l'âme de celle du corps). Le corps qui appartient au domaine des choses sensibles est " le tombeau de l'âme " (cf Phédon). Seule l'âme est capable de contempler les réalités intelligibles supérieures et c'est à la partie supérieure de l'âme qui se trouve en l'homme (la raison) qu'il importe de commander. Le dualisme métaphysique de Platon a durablement marqué l'histoire de la pensée et nous verrons à quel point les philosophes dualistes ultérieurs s'en sont réclamés.

Le dualisme chrétien

A la fin de l'antiquité et au début du moyen-âge, Saint Augustin, l'évêque d'Hippone, a conçu une forme particulière de théorie dualiste : le dualisme religieux ou dualisme chrétien. En incorporant au dogme chrétien le principe de pensée dualiste de Platon, Saint Augustin a doté le christianisme d'un fond de pensée théorique qui lui manquait. A partir de la théorie platonicienne des deux mondes il a construit une représentation originale du devenir historique en substituant au monde intelligible le monde spirituel qu'il nomme la " cité céleste " et au monde sensible la réalité concrète qu'il nomme la " cité terrestre ". La cité céleste dont l'histoire est révélée dans la Bible est le modèle de tout ce qui se passe dans la cité terrestre. Elle est ce à partir de quoi Saint Augustin parvient à expliquer la chute de Rome survenue en 410 : c'est parce que Rome était trop attachée aux choses sensibles qu'elle s'est effondrée et seule une cité capable de vivre en suivant le modèle de la cité céleste peut espérer connaître la stabilité. Le dualisme métaphysique sert ici de fondement à l'élaboration d'un dualisme historique où le sort de l'humanité se joue dans le cadre de la confrontation à une norme idéelle et religieuse : le modèle de l'histoire de la Cité céleste.

Le dualisme cartésien de l'étendue et de la pensée

Descartes, philosophe français du dix-septième siècle, est dans les temps modernes la grande référence des penseurs dualistes. En distinguant radicalement la " res extensa " (la substance étendue) de la " res cogitans " (la substance pensante, le moi, le cogito) il a redonné au dualisme ses lettres de noblesse (lettres qui s'étaient perdues du fait de l'influence de la pensée d'Aristote et des philosophes scolastiques qui au moyen-âge défendaient une théorie toute différente : celle de l'hylémorphisme). Au coeur de l'intuition dualiste cartésienne nous trouvons donc l'idée originale selon laquelle le corps, objet étendu mesurable dans un espace à trois dimensions, est une substance hétérogène (c'est-à-dire différente par nature) à la substance pensante qui par définition n'est pas représentable dans un espace géométrique. Or cette hypothèse, pour banale qu 'elle nous paraisse, s'est révélée à l'époque fort inquiétante pour les autorités religieuses et scolastiques : en cessant de définir l'âme comme la " forme du corps " selon l'expression d'Aristote, Descartes ouvrait la voie à une théorie matérialiste de l'âme qui ne pouvait que déplaire aux hommes de religion. Mais le dualisme de l'étendue géométrique et de la pensée n'est pas incompatible avec une conception religieuse du monde et Descartes même s'il ne rejoint pas Platon et Saint Augustin dans le principe de leur conception duelle sur le plan cosmologique, s'accorde parfaitement avec l'évêque d'Hippone pour déduire du principe dualiste de l'âme et du corps (l'âme est une substance différente de celle du corps) l'immortalité de cette dernière.

Le dualisme vitaliste

C'est Henri Bergson, philosophe français de la première moitié du vingtième siècle qui est le grand représentant d'une nouvelle forme de dualisme. Fondé sur l'affirmation de l'hétérogénéité de certains domaines du réel (du vivant et de la conscience) par rapport à la matière physique, le dualisme bergsonien conduit à penser l'âme comme immortelle et à considérer que la vie, entendue en son sens biologique, est le produit d'un "élan vital", une manifestation de Dieu qui se diffracte de manière immanente dans le monde. Très critique à l'égard de la science contemporaine qui selon lui commet l'erreur de ne considérer le temps que de manière objective et méconnait ainsi la dimension mouvante et subjective de la durée, la philosophie métaphysique de Bergson s'est ensuite développée en un dualisme sociologique original. L'auteur de L'Essai sur les données immédiates de la conscience en vient en effet à considérer qu' il existe des types de sociétés, de morale et de religion distincts : il y a d'un côté celles qui sont statiques et ont un fondement objectif et de l'autre celles qui sont dynamiques et répondent à l'appel de l'élan vital universel qui tend à faire communier les hommes dans la joie.

A retenir

La notion de dualisme présente différents aspects et s'applique à des domaines divers (la cosmologie, la psychologie , les mathématiques). Elle a connu toute une série de modifications et d'évolutions qui font qu'il ne faut pas confondre le dualisme ontologique d'un auteur comme Platon avec le dualisme chrétien de Saint Augustin , ou encore avec le dualisme psychologique de Descartes. Néanmoins tous ces auteurs ont en commun de concevoir le monde sur le principe d'une dualité fondamentale entre des substances d'un certain type (idéel) et des entités d'un autre type (réel, empirique).

 

Le pluralisme

Définition

Le pluralisme est la théorie métaphysique selon laquelle le monde est composé non pas d'une seule substance (monisme) ni de deux substances (dualisme) mais d'une infinité, d'une pluralité de substances. Pour le philosophe pluraliste la structure du monde consiste donc en une agglomération d'entités séparées les unes des autres, entités qui se trouvent jointes entre elles par des principes différents (matériels, spirituels, divins.. ). C'est au niveau de la détermination du principe qui définit les relations entre les entités plurielles que se joue,du reste, une bonne part de l'originalité de chaque conception pluraliste.

Diverses formes de pluralisme

Le pluralisme est une option métaphysique qui de tout temps a séduit de nombreux philosophes. Elle a l'avantage de correspondre aux développements actuels de la science qui dans son analyse des éléments ultimes de la matière tend à faire émerger l'idée que ces éléments existent en nombre infinis et que peut-être ils sont indéfiniment divisibles (cf l'analyse et la découverte des particules élémentaires).

Le pluralisme matérialiste

Le pluralisme se confond tout d'abord dans l'antiquité avec le matérialisme et notamment avec la philosophie de Démocrite et d'Epicure. Même s'il est en un sens discutable de qualifier de métaphysique la position de ces deux auteurs dans la mesure où leur discours a toujours porté sur la nature, la " phusis " et aussi du fait que ces deux théoriciens ont vu leurs analyses corroborées par les développements de la science au XX ème siècle, il n'en demeure pas moins que leur position est comme nous allons le voir clairement pluraliste.

Représentant de la conception atomiste qui postule que les corps sont composés de particules indivisibles , éternelles et existant en nombre infini (les atomes), Epicure voit dans l'univers un agrégat de corps multiples. L'univers qui ne possède ni limite ni fin est conçu comme un mélange de matière, de vide et de mouvement : sa structure infinie et le nombre incommensurable des particules qui le composent caractérisant la nature plurielle de ses éléments. Si le matérialisme peut donc être synonyme de pluralisme c'est avant tout par la conception concrète qu'il nous propose du réel et par le fait qu'il refuse d'identifier la nature à une seule et même entité. En ce sens même si Epicure pense que tout dans la nature est matière , on ne peut le qualifier de moniste. Sa conception de la structure (infinie et dicrète) de la matière le rapproche bien plutôt des philosophes de la pluralité et de la multiplicité.

Le pluralisme monadique

En réaction à la pensée matérialiste mais aussi à la pensée empiriste et cartésienne, le philosophe allemand Leibniz a, au XVII eme siècle, redonné un nouveau souffle à la pensée pluraliste. Le pluralisme leibnizien a ceci de différent avec celui d'Epicure qu'il n'est pas matériel mais spirituel : pour Leibniz en effet les éléments ultimes qui composent la nature ne sont pas des particules matérielles mais des points de force qu'il nomme des monades, substances, sans portes ni fenêtres, qui se développent selon un plan qui a été créé par Dieu et dont un principe à la fois divin et mathématique ( celui de l'harmonie préétablie ) règle le cours. Ainsi la monade " fleur " et la monade " César " ne peuvent se comprendre que comme des entités individuelles séparées les unes des autres et liées entre elles par un principe mathématico-divin.( celui de l'harmonie préétablie qui assure la correspondance et le développement harmonieux entre tous ces éléments). Atomes sprituels ou individus spirituels, les monades sont les substances qui existent en nombre infini et qui composent un monde dont toute la cohérence ne peut être expliquée que par l'intervention d'une pensée divine mue par la recherche du meilleur et par les principes de la logique .

Le pluralisme synthétique

Si Leibniz développe sa conception pluraliste à partir de la nouvelle physique et notamment du calcul infinitésimal, le philosophe anglais Whitehead construit au début du XX eme siècle une métaphysique pluraliste fondée sur les nouvelles conceptions issues de la physique de la relativité et du calcul mathématique des tensions. L'univers est conçu par l'auteur de Procès et réalité comme une totalité de "nexus" c'est-à-dire d'ensembles d'éléments synthétiquement liés les uns aux autres. Loin de chercher une réalité où un élément ultime qui composerait la matière, il découvre dans le "nexus" compris comme unité synthétique d'entités actuelles, les entités primordiales qui composent l'univers. Chaque "nexus" entre en relation de " préhension " avec d'autres "nexus" et c'est ainsi que se forment les conglomérats d'entités qui composent le monde. Peut-être est il difficile et peu encourageant de se comprendre soi-même comme un " nexus " ou un groupe de " nexus ", mais c'est bien ainsi en tout cas que le métaphysicien le plus original du début du XX ème siècle concevait les objets du monde et les êtres qui le composent.

A retenir

Les grands noms du pluralisme sont nous l'avons vus nombreux et vont toujours de pair avec une conception physique élaborée : c'est aussi bien le cas chez Epicure que chez Leibniz et Whitehead. Néanmoins là aussi c'est la diversité des formes de pensée qui est la plus étonnante et l'originalité des points de vue qui surprend le plus le lecteur.